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Métier ? Spécialiste ! Domaine ? Euh…

26 janvier 2011

Giuseppe, spécialiste ès relations humaines...

 

C’est un fait : plus aucun journaliste n’a envie de bosser (allez, soyons objectif, certains font encore leur boulot comme il se doit) ! C’est vrai, c’est chiant d’aller chercher l’information à la source, de la vérifier, de la mettre en images… de bosser son sujet, tout simplement ! Alors, pour éviter le surmenage et pour profiter pleinement de leurs RTT, souvent, les journalistes font appel à des « spécialistes ».  Un spécialiste, c’est quelqu’un qui va faire le boulot à votre place et dont on aura pas besoin de vérifier les sources… Une méthode très répandue dans le milieu people, qui s’étend malheureusement à l’info classique. Et ça en devient inquiétant…

 

Ce sont toutes les émissions à la 50 min Inside sur TF1 ou Accès privé sur M6 qui ont gangréné l’information, la vraie. Il suffit d’avoir l’œil (et le courage de regarder ce genre de programmes) pour s’apercevoir que les mêmes « spécialistes » interviennent sur tous les sujets. Ce qui amène à penser que soit ce sont de sacrés bosseurs, au domaine de compétences très large, soit on se fout de notre gueule avec des pseudo experts aussi aptes à répondre aux questions des journalistes que vous et moi. Et, je vous le donne en mille… on se fout de notre gueule ! A coups de phrases toutes faites (« Madonna a su gérer son image » ; « Jenifer est bien entourée » ; « Shakira a su négocier son virage »…) et d’expressions très « corporate » (« fan base » ; « industrie du disque » ; « bancable »…) , ces « spécialistes » arrivent à nous endormir et à donner à du vide un enrobage tout à fait illusoire : en un mot, on fait du pro avec de l’amateurisme. Le spécialiste en la matière, c’est bien sûr Jean-Marc Morandini, qui n’a même plus besoin de bosser : lorsqu’il parle télé, il invite un rédacteur en chef de canard télé…

 

Mais quel est l’intérêt de telles manœuvres ?  La première, c’est évidemment de légitimer une information bas de gamme. Lorsqu’on disserte pendant vingt minutes sur les fausses paparazzades d’un candidat de Secret Story, faire parler Elfassi ou le rédacteur en chef de Télé 7 jours, ça le fait ! On donne au spectateur l’impression d’aller au fond des choses… Alors que la présence d’un sémiologue des médias ou d’un juriste donnerait autrement plus de cachet à l’info… Mais passons. L’autre intérêt, c’est bien évidemment l’échange de bons procédés… D’un côté, Morandini va faire la promo d’un magazine télé qui se vendra bien mieux et dans lequel on parlera de lui (en bien de préférence). La télé reste alors un pur vecteur de promotion, sans que le contenu ne soit important. Le fameux « temps de cerveau disponible » cher à Le Lay. CQFD.

 

Le pire, c’est qu’aujourd’hui, l’information générale s’empare elle aussi de « spécialistes » aussi légitimes que mon filleul de 10 ans. Hormis certaines émissions comme C dans l’air, on nous sert souvent des invités qui n’y connaissent pas grand-chose sur le sujet traité mais qui ont l’avantage d’être ce qu’on appelle de « bons clients ». Un débat sur Marine Le Pen, à Ce soir (ou jamais)! sur France 3 ? On invite Alain Soral d’un côté et Clémentine Autain de l’autre. On sait que le débat volera bas, mais on rira bien. Une émission sur la Tunisie, Mots Croisés sur France 2 ? Invitons Cécile Duflot, Henri Guaino, Laurence Parisot  et Laurent Fabius. Pourquoi ? Euh…  Ben, on peut toujours espérer de bonnes joutes verbales, non ? Ah, si, tiens, une question intéressante à Laurence Parisot : que pensez-vous de la présence d’Orange en Tunisie, détenue à 51 % par les Trabelsi ? « Je redoutais cette question », s’exclame la patronne du Medef qui ajoute ne pas connaître le dossier. Remarque très juste d’un internaute sur twitter : si elle redoutait cette question, pourquoi ne pas avoir étudié le dossier, justement ?

 

Parce que, voyons, on ne demande pas aux spécialistes de répondre sérieusement aux questions, on leur demande simplement de survoler les sujets, de savoir parler aussi bien des chiffres de la criminalité en France que de la situation en Côte d’Ivoire, et pourquoi pas du niveau de la Ligue 1 de football.

 

C’est vrai, je suis un peu con… Après tout, il y a les journaux pour s’informer… La télévision, c’est bien un simple moyen de divertissement, non ? Allez, je m’en vais regarder Morandini!, j’ai du temps de cerveau disponible à mettre à la disposition de Direct 8 !

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Hervé et Stéphane, le cauchemar des geôliers ?

24 janvier 2011

Nous ne les oublions pas... Leurs geôliers ne les oublieront pas non plus !

Chaque jour, à chaque journal de France Télévisions, on nous rappelle que les deux journalistes Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier sont aux mains des Talibans depuis plus d’un an. Bien évidemment, on pense à eux, à leurs trois accompagnateurs, et aux autres otages français retenus à travers le monde (enfin, quand on nous en parle, ne soyons pas faux-cul, non plus !). Mais qui pense à leurs geôliers ? Oui, eux aussi méritent peut-être qu’on s’interroge sur leur sort. Un minimum de considération serait de rigueur. Ces hommes au travail parfois ingrat, souvent non déclaré (pas très pratique pour la retraite) et aussi impopulaire que les métiers de contrôleur des impôts, flic ou huissier de justice.

On s’intéresse aujourd’hui à ces geôliers, car une rumeur très sérieuse circule dans le milieu de la télévision et nous fait dire qu’entre Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, avant leur départ en Afghanistan, ce n’était pas forcément l’entente parfaite. Et si les deux hommes faisaient vivre, contre toute attente, un véritable calvaire à leurs preneurs d’otages ? Et si la dépression guettait tous ces anonymes obligés de faire un boulot monstrueux à cause d’un patron véreux, le fameux Ben Laden ? Car, oui, Mesdames et Messieurs, bien qu’il ne nécessite pas d’études particulières, geôlier n’est pas un boulot facile… à moins de devoir surveiller Ingrid Betancourt, ce qui laisse alors place à des perspectives luxurieuses insoupçonnées (mais là, on parle de l’élite des geôliers) !

On se souvient que, en 2004, Christian Chesnot et Georges Malbrunot, eux aussi journalistes, avaient été otages de l’armée islamique en Irak. Ils s’entendaient comme cul et chemise avant d’être capturés. Pourtant, ils avaient réussi à s’engueuler pour des futilités… Dans leur livre, Mémoires d’otages, Chesnot et Malbrunot  racontent en substance qu’ils avaient fini par se mettre sur la gueule pour une simple histoire de bouffe. « Les dattes, qui constituent l’essentiel des repas, sont une des seules sources de désaccord entre les deux hommes. Un partage inéquitable par Georges Malbrunot provoque la colère de son compagnon de mésaventure », résume un article du webzine Scoop.

Alors imaginez deux mecs qui ne s’entendent pas, dans la même geôle… Pendant l’Aïd, ils ont dû se bastonner parce que l’un préférait la selle de mouton, tandis que l’autre avait déjà mangé cette partie de l’animal pour le faire chier ! A ce moment-là, les noyaux de dattes  ont dû voler dans la pièce. Si bien que, selon la même rumeur (toujours aussi sérieuse), ils auraient dû être séparés pendant leur détention (pas à cause du partage du mouton de l’Aïd, non, à cause de leur mésentente). En fait, les geôliers n’attendent peut-être qu’une chose : nous les renvoyer ! L’affaire semblait d’ailleurs quasiment entendue entre Al-Qaïda et les autorités françaises. Mais depuis la sortie médiatique de Ben Laden sur Al Jazeera, les choses semblent bien mal réengagées. Les geôliers d’Hervé et Stéphane devront attendre avant de chambrer le thé à la menthe !

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La quinzaine de la télé de Fred

14 janvier 2011

Nouveauté de l’année, tous les quinze jours, je résume l’actu télé en une planche. C’est cadeau, c’est « la quinzaine de la télé de Fred » et c’est seulement ici. Rendez-vous en fin de mois pour la suite. D’ici là, d’autres articles à suivre…

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Lettre d’un Arabe non trafiquant à Eric Zemmour, par Karim Guellaty*

14 janvier 2011

"Vos propos arrivent dans un contexte où l'islam fait peur !"

 

Monsieur Zemmour, la réalité la plus brutale n’est pas celle que vous croyez (lire l’article de l’AFP reprenant les fait des cette affaire). Vous connaissez l’histoire de la poutre, de la paille et du voisin ? Monsieur, les raisonnements que vous exposez pour essayer de défendre votre immaturité médiatique, pour essayer d’expliquer le fruit de votre grande suffisante péremptoire, Monsieur, ces raisonnements n’abuseront personne, même pas vous. Monsieur Zemmour, la réalité brutale est le vide abyssal de votre raisonnement.

Vous avez voulu tenter une ultime provocation, et c’était celle de trop. Reconnaissez-le, présentez vos excuses, et quittez la scène journaliste, vous n’avez rien à y faire.

A part Monsieur Chevènement, sans doute en mal de médiatisation, vos amis devant qui on évoque votre nom dans les salons parisiens, baissent la tête, un peu gênés, puis parlent d’autre chose.

Monsieur Zemmour, vous êtes pitoyable et pathétique, et dans vos propos et dans votre axe de défense.

Mais ce qui est grave Monsieur Zemmour, c’est que vos propos arrivent dans un contexte où l’islam fait peur, où l’étranger, pourtant français, basané ou noir est perçu comme un ennemi à la culture française, où le Front National, du fait de ce type d’inepties, et des piètres réponses de la classe politique traditionnelle, gagne du terrain. Monsieur Zemmour, vous êtes diabolisant, vous vous rendez coupable d’incitations à la haine raciale.

Monsieur Zemmour, croyez-vous vraiment une seconde que le taux de délinquance auquel vous faites référence est lié à une couleur de peau, à une appartenance religieuse, ou à une origine ethnique ?

Alors pour vous la réalité, dure, est que X % des délinquants sont noirs ou arabes ? Et c’est une réalité que « vous voyez », nous expliquez-vous.

Monsieur, vous présentez un constat, certes vrai, pour en faire une explication parfaitement fausse. C’est perfide, mais ça fonctionne. Et la facilité intellectuelle peut vous faire donner raison par certains.

C’est vrai dans le constat, Monsieur Zemmour. Mais, et vous le savez, présenter ce dénominateur commun à la majorité des délinquants, c’est implicitement, de facto, et très clairement, expliquer la délinquance. Alors pourquoi présenter ce dénominateur commun ? Puisque vous nous dites, au tribunal, que c’est le fruit de vos observations, pourquoi est-ce que c’est la couleur de peau que vous regardez chez un délinquant ? Sa religion ou son origine ethnique ? C’est quand même curieux comme observation, non ? Vous auriez pu tout aussi dire que la police contrôle les hommes de plus d’1m65, car 92 % des délinquants font plus d’1m65. Ou que 84 % des délinquants sont droitiers. Ou que 91 % des prisonniers sont issus d’un milieu défavorisé. Alors pourquoi ce facteur ethnique ou religieux plus qu’un autre ?

Monsieur Zemmour, vous savez pourquoi les flics contrôlent plus les Noirs et les Arabes ? Parce que ce sont tout simplement des contrôles dans les zones « sensibles » dont on parle, et que dans ces zones sensibles, dans les quartiers, dans ces endroits pauvres à plus de 25 % de chômage, la majorité de la population qu’on y a parquée est noire ou arabe. Alors oui, ce sont des Noirs et des Arabes qui sont contrôlés, mais en même temps il n’y a quasiment qu’eux dans ces quartiers à contrôler. Et vous savez pourquoi il y a plus de délinquance chez eux ? Pas en raison de ce que vous observez, mais en raison de la pauvreté et du chômage. Eh oui, c’est cette donnée là qu’il vous fallait observer, qu’il vous fallait voir, qu’il fallait communiquer. C’est sans doute moins vendeur, mais ça a la mérite d’être vrai.

Et le paroxysme de votre mauvaise foi est atteint quand vous évoquez la discrimination qui veut dire « choisir, sélectionner, ça n’a rien d’infamant ». Non Monsieur Zemmour, discrimination, ne veut pas dire ça. Choisir, sélectionner, c’est un acte positif. Or « discrimination » vient du latin « discrimintio » qui veut dire… « séparer ». Dans le langage courant, c’est-à-dire dont le sens est partagé par tous, je vous renvoie à Lacan, cela veut dire « identifier un individu ou un groupe d’individus en raison d’un caractère qui leur est propre pour leur appliquer un traitement spécifique négatif ». Pourquoi négatif, allez-vous me rétorquer avec votre perfidie habituelle ? Parce qu’on a inventé le terme de « discrimination positive » pour faire référence à un traitement non spécifique et non négatif.

Et ça Monsieur Zemmour, vous êtes suffisamment intelligent pour le savoir. Mais suffisamment suffisant pour croire que les autres ne le savent pas.

Monsieur Zemmour, peu importe l’issue de votre procès, car vous êtes déjà condamné à une peine terrible, la pus terrible pour vous : vous êtes ridicule, et vous le savez.

Monsieur Zemmour, être contraint de faire venir témoigner des amis en gage de bonne moralité, prouve, s’il le fallait, que l’ensemble de votre « œuvre » ne suffit pas à le prouver, et qu’on est en droit, sans témoignage de vos amis, d’en douter… de votre bonne moralité.

Mais dernière question Monsieur Zemmour, si vous êtes condamné, dans quelle catégorie de la statistique vous mettrez vous ?

Recevez Monsieur Zemmour, l’expression de ma considération qui vous est due en pareille circonstance.

* Karim Guellaty est co-auteur d’un Que sais-je ? sur le droit musulman et dirige le blog Bistrot du Coin.

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Economisez un an de télévision !

2 janvier 2011

Ca y est, c’est l’heure de toutes les rétrospectives… Le bêtisier de l’année, un retour sur les années 2000, une spéciale 90’s de Drucker,  des best of… Bref, l’année s’est terminée comme elle avait commencé : sans aucune originalité. Alors pour vous éviter de vous faire perdre votre temps et ainsi vous faire économiser un an de télévision, je vous ai préparé tout ce que nous allons avoir en 2011, sur notre petit écran. Vous le savez, côté JT, l’année 2011 sera riche en informations toutes autant intéressantes les unes que les autres… Il fait chaud l’hiver et il neige l’été. Apparemment, c’est une information assez exceptionnelle pour que les médias consacrent une large partie de leurs journaux à cette information cruciale. Je prévois donc de longs et douloureux reportages sur la fonte des neiges en avril, les premiers rayons de soleil en juin, la canicule en juillet, la chute des feuilles en octobre et de la neige en décembre prochain. Sinon, on devrait évidemment rebouffer du fait divers, à un an de la présidentielle de 2012 : de l’agression dans le métro (par des pickpockets roumains, bien sûr), des voitures brûlées, quelques émeutes dans les banlieues, du tzigane qui aura volé les poules d’une vieille dame au fin fond d’une campagne creusoise, du vol de smartphone. Evidemment, une catastrophe naturelle ou deux viendront chambouler nos habitudes de téléspectateurs… Côté programmes, nous devrions retrouver des émissions en devenir : Plus belle la vie, Vivement Dimanche, Le Grand Journal. Bref, je vous souhaite à tous une bonne année 2011 ! Quelle soit plus originale, plus colorée, plus drôle, plus contestataire, plus libre que ne l’est la télévision. Un grand merci aux lecteurs de ce blog qui sont une petite dizaine de milliers par mois, je vous souhaite à tous le meilleur.

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Laurent Gbagbo : le président, c’est lui !

27 décembre 2010

T'as raison, Laurent, les médias français sont zéro !

Bonne nouvelle aux nostalgiques du temps des colonies : la Côte d’Ivoire est redevenue une préfecture française ! Vive la Françafrique ! Michel Sardou doit savourer et se retourner d’excitation dans sa tombe, oh Bwana (allez, séquence nostalgie ici) !

Au-delà des véritables résultats de la présidentielle en Côte d’Ivoire (que nul ne peut connaître), il convient de revenir sur la sémantique qui entoure les reportages sur ce thème sensible. Car force est de constater que même dans nos médias, l’esprit d’ingérence est omniprésent. Entendu récemment dans les journaux télévisés d’i>Télé ou même dans le Soir 3 d’hier soir, à propos de Laurent Gbagbo : « le président autoproclamé » (comptez bien, les journalistes ont bien insisté trois fois sur ce terme), précisant qu’Alassane Ouattara est « sorti vainqueur des urnes. » Dans le Soir 3 de samedi, on définissait Alassane Ouattara « président élu et reconnu par les communauté internationale. » Soit les journalistes sont totalement manipulés, soit ils veulent manipuler l’opinion publique… soit ils ont eux-mêmes recompté les voix, et dans ce cas, je m’incline.  Quoiqu’il en soit, ces choix de mots et d’expressions totalement à côté de la plaque faussent, d’après moi, toute l’information autour de ces élections. Car, c’est un fait qu’on ne peut pas contester : Laurent Gagbo a été déclaré gagnant pas le Conseil constitutionnel de son pays. Aïe, je vous entends déjà hurler à la tricherie et aux magouilles à l’africaine. Certes, Laurent Gagbo n’est peut-être pas tout « blanc » (!), mais qui oserait affirmer qu’Alassane Ouattara n’a pas triché ? Qui oserait aller à l’encontre d’une décision prise par les autorités administratives d’un pays étranger, s’il ne s’agissait pas d’un état africain ? Qui ? La France, pardi ! On a tendance à oublier que (et c’est écrit dans sa Constitution), la Côte d’Ivoire est une « République indépendante et souveraine. » Et dans ce cas précis, on a totalement zappé cette souveraineté,

Je suis, comme beaucoup de défenseurs de la liberté de la presse, outré par cette propagande pro-Gbagbo en Côte d’Ivoire. Mais à l’inverse, en France, personne ne s’est offusqué de cette information à sens unique envers son rival, Ouattara, pion de Nicolas Sarkozy, que la France serait ravie de voir à la tête d’un ancien ami de la France, la Côte d’Ivoire. Suivant avec attention tous les JT depuis l’annonce de ces résultats, je m’étais fait ma propre opinion : celle de la manipulation d’un chef d’état africain, tel un dictateur, qui prend en otages des élections populaires pour se déclarer vainqueur. Mais voilà, une émission, Ce soir (ou jamais !), est venue chambouler ma position inflexible d’occidental bien-pensant. C’était le 8 décembre et pour la première fois à la télévision, on émettait l’hypothèse d’une victoire de Gbagbo. Surtout, on insistait sur notre forte propension à l’ingérence. En conclusion, que les résultats soient tronqués ou pas, il est important que la Côte d’Ivoire gère seule ces problèmes. Aujourd’hui, les reportages de journaux (télévisés ou écrits) ont forgé l’opinion des téléspectateurs.

Que ceux qui pensent que notre télévision vaut mieux que celle des Africains ne s’emballent pas : les reportages sur la Côte d’Ivoire qu’on nous sert comme une soupe infâme en France n’ont rien à envier à ceux des télévisions d’état africaines. Et même si les reporters n’ont pas le souhait d’orienter notre opinion, il faut être clair : s’ils ne sont pas à la solde de l’Elysée, soit les journalistes se prennent (à tort) pour des justiciers qui pensent dénoncer des injustices en Afrique, soit ils sont approximatifs dans les termes utilisés et ne comprennent rien à la situation politique en Côte d’Ivoire. Et dans ces deux cas, j’ai honte d’avoir une fois de plus cru ce qu’on me disait. Un ami journaliste me demandait : « Mais comment as-tu pu, une fois de plus, te faire avoir par les médias ? » C’est de l’éternel optimisme ! Je pensais vraiment, depuis l’élection de Sarkozy, que les médias avaient pris un virage et qu’ils ne servaient plus les intérêts bleus, blancs, rouges.

On a commencé en chanson, terminons tout aussi bien. Toute cette mascarade médiatique me fait penser à une chanson des Blaireaux, un groupe dont le chanteur était journaliste de talent, à qui on promettait un avenir de grand reporter. Mais trop indépendant pour pouvoir aller dans cette voie, il a décidé de se consacrer à la musique et a écrit une chanson, Grand reporter, qui résume bien la situation de ces journalistes « partis à la chasse aux nouvelles, revenus avec trois faits divers » ou « quand à Paris le temps presse, finir par un grand coup de manchette sur le crâne d’une petite négresse qui n’en finit pas de faire recette. » Ne manquez pas cette vidéo tournée au Smout Festival, en 2008 (car en plus, vous passerez un bon moment musical). En fait, on est vraiment dans Tintin au Congo. Très belle conclusion des Blaireaux : « Il ne faut pas oublier les bienfaits de la colonisation ! » Les blaireaux ne sont pas toujours ceux que l’on pense…

Je recompterai moi-même les bulletins : je partage cet article sur Facebook !

Oui, Marine Le Pen doit être invitée chez Michel Drucker !

16 décembre 2010

La guerre Drucker/Le Pen, ça ressemble un peu à un combat Bisounours/Goldorak !

Malheureusement, ces derniers jours, la déclaration fracassante de Marine Le Pen (les prières de rue sont « une occupation ») et le débat qui en a découlé (lire la bonne analyse de Bistrot du Coin) ont occulté la principale question sur la future boss du Front National , celle qui intéresse un blog sur la télévision : Marine Le Pen doit-elle être invitée par Michel Drucker ? Car la première controverse du mois concernant le Front National vient étonnement du très consensuel Michel Drucker. Il a en effet déclaré, lors d’On n’est pas couché de Ruquier du 7 décembre qu’il refuserait de recevoir Marine Le Pen. « La question ne se pose pas […], nous choisissons librement nos invités », a-t-il affirmé à un Laurent Ruquier qui n’en pense pas moins.

Pourtant, le Front National n’est, aujourd’hui, pas interdit de séjour en France et, comme le soulignait Zemmour lors de cette même émission, avant le scandale de la déclaration sur les prières de rue, Marine Le Pen n’était « pas diabolisable. » Mais voilà, Michel n’en a que faire. Marie Drucker insiste sur le fait que « Michel ne fabrique pas des émissions politiques » et qu’il est donc « libre de choisir ses invités. C’est la règle. Il n’y a rien à ajouter. » Justement si. Le problème n’est pas, en réalité, de refuser l’accès de Vivement Dimanche à Marine Le Pen, mais plutôt d’en avoir fait une émission bien souvent politique. Lorsque Drucker invite Jean-Luc Mélanchon, François Bayrou ou François Hollande, il leur parle de leur engagement politique et donc de leurs idées. Dire le contraire serait de la mauvaise foi.

Laurent Ruquier se pose lui aussi en défenseur de son confrère lorsqu’au Point, sur Internet, il dit qu’Olivier Besancenot, qu’il reçoit volontiers, et Marine Le Pen ne peuvent être mis sur le même plan, car « Le premier défend des idées liées à l’économie alors que le FN défend des idées liées à la ségrégation raciale. » Or on sait que, bien qu’ils dérapent souvent, qu’il existe un racisme latent au sein du FN, mais les leaders successifs du FN misent avant tout publiquement sur d’autres thèmes de politique comme l’immigration ou l’économie. C’est Jean-Michel Aphatie, le journaliste politique, qui met le doigt là-dessus en affirmant que « quand Mélenchon titre son livre Chassez-les tous, c’est d’une violence extraordinaire. Mais lui est invité partout. » Il n’a pas tort et cela doit choquer plus d’un centriste !

En fait, qu’importe le débat sur Marine Le Pen. Cette discussion doit laisser place à une question, fort justement invoquée par Stéphane Simon, le producteur de L’objet du scandale, de Guillaume Durand : Michel Drucker est-il piégé par son concept ? A savoir, explique Simon, « dérouler le tapis rouge » et être « complaisant » avec ses invités. Pour dérouler le tapis rouge, il doit trouver son invité un minimum sympathique. Et, entre nous, comment trouver Marine Le Pen sympathique ? Eric Naulleau, le chroniqueur d’On n’est pas couché donne, lui, un argument imparable : « Vivement dimanche introduit une complicité un peu fausse dont les politiques profitent pour mieux vendre leurs salades ! » Tout le monde est d’accord, donc, pour affirmer que Michel Drucker fait, à sa manière, une émission politique et qu’il fait ainsi fausse route.

En fait, Michel Drucker aurait mieux fait de se cantonner à ce qu’il sait faire de mieux : servir la soupe à des invités du show-biz triés sur le volet. Qu’un Eddy Mitchell ou une Petula Clark viennent nous vendre leur dernier best of, on s’en fiche pas mal. Mais lorsqu’il déroule ce fameux tapis rouge à des politiques, on a du mal à définir la frontière très floue entre divertissement et politique. Le concept de Vivement Dimanche tel qu’il est actuellement présenté fait que, pour la pluralité politique dans les médias et pour le bien de la démocratie, Marine Le Pen soit invitée chez Drucker. Après, chaque téléspectateur est libre de laisser éteinte sa télévision pour passer une après-midi agréable…

Pour finir, c’est Libération qui nous offre une conclusion très drôle dans un article sur cette affaire Drucker/Le Pen : « Vu que Michel Drucker refuse de la recevoir, verra-t-on Marine Le Pen invitée de N’oubliez pas les paroles sur France 2 pour y entonner Le temps des colonies ? » Le mieux serait encore La Ferme Célébrités

Du moment que le FN fait moins que la part d’audience de Drucker : je partage cet article sur Facebook !